lundi 16 novembre 2015

Quoi faire?

Mais qui pourra m'empêcher de faire? - dessin NLF©2015 sur photographie de Unsplash.

J'apprends la nouvelle en jetant un coup d’œil sur facebook, le temps que Pascal me file une bière au bar de la Zonmé. "Toutes mes pensées vont aux parisiens!"... "Amis parisiens dites moi si vous allez bien!!!"... Tous les statuts de mes contacts s'adressent à Paris. Il s'est passé un drame? Le temps d'en fumer une et je comprend qu'il s'est passé quelque chose de grave. Je regarde autour de moi, aucune réaction, les gens rient, Arnus Horribilis expose et virevolte joyeusement d'invités en amateurs, j'ai un peu trop bu. On s'en fume une dernière chez Pascal, quelques discussions sur les progrès technologiques et les théories ufologiques, ça jette un regard à son smartphone... "Comment ça, j'ai 25 contacts qui ont été signalés en sécurité?", on allume l'ordi, on regarde les premières infos, la bière à un goût amère. Chacun rentre chez soi avec un sentiment d’irréalisme.

Le lendemain, fièvre, rhume, froid, j'ouvre internet au petit déjeuné, assaisonnement de paracétamol, de propolis et d'eucalyptus. Combien de morts? Daesh a fait ça? On est en guerre? Le café ne passe pas. Que faire? Chacun montre sa compassion, son chagrin, facebook s'habille de photo de profil aux couleurs de la France. J'avais prise une jolie photo de Paris il y a quatre ans quand j'étais allé chez Youssef avec Nico. Je vais faire ça, changer ma photo de profil avec. Et mettre des lanternes en photos de couverture pour montrer moi aussi mon soutient au victimes. Voilà, c'est mieux comme ça. Le café ne passe toujours pas. Comme si changer sa photo de profil était une action pour changer le monde, n'importe quoi. 

Que faire? Sonia envoie un appel aux Urbains de Minuit, un appel à écrire sur le prochain web journal. Écrire, oui c'est une idée, en Janvier on avait fait un numéro spécial Charlie et une soirée Cabaret aussi, c'était bien, ça nous avait aidé à comprendre combien la liberté d'expression était précieuse. Écrire de nouveau, les mots ne viennent pas, grippe, fièvre, lit, je like machinalement tous les status qui expriment leurs soutiens à Paris, je voudrais exprimer moi aussi. J'allume une bougie à la fenêtre, continus de m'abreuver des infos en continu sur youtube, lis les témoignages, tente un dessin, moche, bof, les quelques lignes ne sont même pas présentables. Le numéro 58 se fera sans moi, ma plume bande mou. 

Je voulais juste exprimer combien j'étais compatissante et empathique avec Paris, avec le monde, avec tous ces pays massacrés, toutes ces personnes meurtries pour des causes qu'on ne comprendra jamais, parce qu'on ne nous dit pas tout. Paris canardée, terrorisée, la France réplique, la Syrie est bombardée. Combien d'enfants tués?  Pleurer sur le monde, ça change quelque chose? Et hurler son amertume? Dieu, terrorisme, fanatiques, qui est qui? Comment comprendre le processus de création de ce problème qui me parait insoluble? Si Dieu existe, il doit vraiment avoir envie qu'on lui foute la paix. On m'a souvent demandé: "Tu es croyante? Chrétienne? Catholique? Agnostique ou athée?" - "Je suis Humaine, ça devrait te suffire à me comprendre!". 

La fièvre est passée aujourd'hui, mais pas la colère. Je ne prendrais pas les armes. Je vais continuer à vivre, à dessiner, à penser des œuvres que je ne vendrais surement jamais, suivre un enseignement chamanique, lire, fumer, boire du vin, manger du chocolat et rire avec les copains, porter des jupes, montrer généreusement la forme de mes seins, cheveux parfumés et paupières trop maquillées, faire l'amour. Puis je vais fêter ça et encore trop picoler, demain dire qu'il faudrait songer à arrêter, puis oublier après avoir ri avec le premier ami que je ne choisirais ni par ethnie ni par confession religieuse. Je vais continuer à m'instruire, à lire les médias indépendants, écrire pour les urbains, faire des fanzines, jouer à des JDR blasphématoires comme In nomine Satanis, m'amuser dans l'Artocrate, aller au théâtre, au cinéma, en boite gay, admirer la nudité et m'insurger contre l'utilisation d'images de femmes-objets, proclamer entre homme et femme l'égalité. Je vais continuer à dessiner des vagins, à liker les clitoris d'Amandine Brûlée, à rigoler à gorge déployée et assouvir mes envies de baiser, de boire du café et de résister. Voilà, je vais continuer à faire ça. Faire ce que j'ai toujours fait, qui pourra m'en empêcher?


NLF

Quoi faire? Faire: 
Le terrorisme poétique par Hakim Bey.

Comprendre:  
Mais qu'est ce qu'il nous arrive?
L'Etat islamique, cancer du capitalisme moderne.

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