samedi 9 janvier 2016

Angoulême je ne boirai plus de ton eau.

Un matin, il y a quelques jours, un café, un dessin, j'ouvre un peu facebook, fais défiler ma time line, like quelques statuts promotionnels de copains artistes et quelques rares pamphlets pertinents perdus entre les citations des mignons, les vidéos de chats et les déclarations racistes. Parmi les fakes et les hoax, une polémique redondante attire mon attention, chez les nominés au 43ème festival d’Angoulême, il n'y a aucune femme.



En voilà une surprise qui n'est pas si étonnante. On connaissait la phallocratie du milieux de la bande dessinée et notamment du festival international de la BD d’Angoulême. Depuis 43 ans « Florence Cestac est la seule femme à avoir reçu cette distinction. Claire Brétecher, pilier du Neuvième Art, n’a elle-même jamais reçu le Grand Prix, repartant en 1983 avec le prix du 10ème anniversaire (prix n’ayant jamais empêché ses lauréats d’être éligibles pour les Grand Prix suivants). » (FIBD : Femmes Interdites de Bande Dessinée) http://bdegalite.org/fibd-femmes-interdites-de-bande-dessinee/

Parmi cette liste de nominés, 30 auteurs, zéro auteure. Alors je vérifie mes sources et cours sur le site officiel d’Angoulême où sont effectivement énumérés 30 hommes talentueux, dont certains ne réalisent plus, eux même, de bande dessinée depuis l'époque bénie où nos daronnes ont brûlées leurs soutifs.

La polémique fait rage sur internet, autrices et auteurs s'indignent de cet exemple que l'institution donne aux générations bédéistes futures. BD, milieux sexiste, phallocrate, minée de patriarches peureux de laisser leurs places à une bande de gonzesses, les bulles éclatent.
Riad Sattouf, nommé de la liste, ainsi que d'autres auteurs demandent à ne plus y figurer, le festival d’Angoulême répond alors dans un communiqué « Que l'on ne peut pas refaire l'histoire ».
En gros, cela revient à dire que les femmes, même si on les aime, sont totalement inexistante du métier et qu'on ne peut pas nominer ce qui n'existe pas. Que s'il y en a, elles peuvent beaucoup moins se consacrer à leur carrière car elles sont trop occuper à enfanter et cela se ressent sur leur talent. Et ce que l'institution de la bande dessinée doit avant tout reconnaître, c'est le talent !
Si vous pensez que j'exagère, je vous laisse jeter un œil sur le compte rendu de cette polémique dans le magazine Le Monde, où figure les choquantes déclarations du délégué général du festival :

« Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité. Si vous allez au Louvre, vous trouverez également assez peu d’artistes féminines. Le Grand prix regarde vers le passé pour récompenser des auteurs qui ont une œuvre dense. Jusqu'à présent les femmes étaient peu nombreuses. »

Peu nombreuse (ce qui est loin d'être la réalité) ne veut pas dire absente, monsieur Franck Bondoux. Nous pouvons aisément vous procurer le moteur de recherche google, qui vous donnera une liste d'auteures de bande dessinée exhaustive et classée par ordre chronologique. Vous seriez alors surpris de constater que ces femmes se sont distinguées par leur palmarès depuis de nombreuses années et que vous ne les avez jamais érigé au rang de votre égal et ça, c'est la terrible réalité que vous avez dévoilé au monde entier. La vérité est que cette liste de nommés est mise en place par trois vieux croutons qui n'ont aucune légitimité face à la communauté artistique et qui ne rend grâce ni au choix du public ni au choix des auteurs.

Voilà pourquoi le 7 Janvier, vous avez, après avoir essayé de corriger le tire en rajoutant six femmes à votre liste de nommés, décidé de supprimer cette liste et de laisser les auteur(e)s se nommer par eux même pour élire le gagnant ou la gagnante du grand prix. Un peu nébuleux comme histoire.

Est-il si paradoxale de constater que l'institution représentative du 9ème art manque cruellement d'imagination ? Dans l'histoire de l'image, nous nous rappellerons qu'en 2016, nous avions rêvé d'un monde égalitaire où la parité émergeait parmi les grands pontifes de la planche qui n'ont pas su démissionner de leurs postes alors que leurs incompétences crevaient les yeux.
Regarder vers le passé, oui, mais n'oublions pas de vivre dans notre temps pour construire notre futur.

NLF, artiste auteure.

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