mardi 30 décembre 2014

Aspire-In - Je Muse, tu muses, nous musons, ils musellent.

Aspire-In - © NLF 2014

L’angoisse de la page blanche – rester sans inspiration – mais où sont passées les muses ?
Progéniture de Zeus et de Mnémosyne (notons que dans le mot « progéniture » nous entendons le mot « projet »), nymphe du mont Hélicon et fille de la mémoire, médiatrice entre le divin et l’Homme intellectuel, la muse n’est point un réseau de communication bilatéral. C’est Dieu qui inspire les hommes et non le contraire. A l’image d’Apollon qui prenait possession de vulnérables jeunes femmes afin de leur insuffler l’art de la divination, les muses prennent possession de l’artiste. Directement lié aux divinités, l’Homme reçoit le privilège de créer, une notion que l’on pourra retrouver dans les discours chrétiens humanistes de la Renaissance, expliquant l’idée que l’Homme, perfectible et à l’image de Dieu, reçoit du souffle divin le don de la création. Nous pourrions alors remercier Darwin de ne plus dépendre d’un « quel que soit dieu » - « créer » étant alors possible de par notre simple pouce opposable à notre index et du développement de notre cortex cérébral, suite à la stature debout et l'évolution du langage.

Soit, « Créer » étant à la portée de chaque être humain car étant confortablement installé dans son code génétique – tout homme ou femme est susceptible d'être un artiste. La question n'est donc plus « qui est créateur ? » (la réponse étant dans les faits), ni « comment ? » mais bien « POURQUOI être créateur ? »

L'artiste, le penseur. On aura beau y lier les concepts de masturbation intellectuelle, hippie et anarchiste chez les p'tits bourgeois, peintres du dimanche, narcissiques et j'en passe... être artiste c'est aujourd'hui une prise de risque observable dans un système où la libre expression est muselée d'un côté pour être façonnée de l'autre. Tout homme ou femme est donc possiblement susceptible de prendre ce risque, de voir son œuvre détruite par divers fascismes, récupérée par des opportunistes, vendue au plus offrant et dépouillée de son intérêt originel.

A partir de ce moment ce n'est plus l’œuvre qui compte, mais bien l'acte de création en lui même, car il devient acte politique.
La création n'est alors plus respectée de par son origine divine mais de par son humanité, de par son caractère revendicateur, révolutionnaire, résistant.
Car demain le système peut décréter que les artistes ne sont plus utiles à la société, si les leaders décident de ce que doit être l'art, de ce que doit être l'expression, de ce que doit être la création.
Voilà POURQUOI.

N'ayons plus peur de l'angoisse de la page blanche, les muses s'en sont retournées vivre sur Hélicon, les dieux ayant laissés les Hommes devenir leur propre inspiration.

NLF

Initialement publié dans la Chronique Urbaine du web Journal N°49 du réseau d'artistes 
Les Urbains de Minuit
Article "je Muse, tu Muses, nous Musons, ils musellent" 

mardi 9 décembre 2014

1er jour de défrichage - les abattoirs à Nice - Possibilité d'une liberté

C’est un espace de bitume, de rouille, de verres cassés, de mousse, de poussière, de décrépitude. Un univers quadrillé par des barrières, des cubes de béton et de la ferraille. La nature s’incruste dans le peu d’espace libre. La crasse sur les vitres obstrue la lumière et les bâtiments entonnent la complainte de la douce libération, livrés au temps qui passe, délivrés de leur horrible utilité d’antan.

Une porte grillagée s’ouvre et nous entamons le chemin des bêtes. L’antre du diable aurait-été plus accueillant. Le son y résonne comme dans une église, des marches pour l’ascension de l’être à deux pattes, une rampe pour  les quatre pattes. Des crochets, des enclos, de la terreur et toujours cette odeur animale imprégnée dans les murs, même après toutes ces années d’abandon. On s’abandonne au jeu morbide, marchant dans les traces des cochons et des vaches menés à l’électrocution, s’imaginant le sang coulé dans les bassins, pénétrants toujours plus loin dans le memento mori. Se préservant, nous fermons les vannes empathiques, contrôlant nos glottes et nos réflexes nauséeux. Nous passerons cinq jours en ces lieux. Du gris, des grilles, du grillage, le sol jonché de fientes, les seuls autochtones roucoulent. Chaque gouttière devient volière : le nid de la dernière chaleur. Danger de mort est inscrit sur les portes, il reste ici et là du vieux mobilier et des objets, des livres de comptes, des manifestes de la tuerie rentable, une table, une brouette, une blouse blanche. Et ce silence... Ponctué par les battements d’ailes sifflants des pigeons et le ronronnement lointain des voitures, il pousse à la méditation.

La prise de contact nous vide de notre énergie, on s’accroche au vivant, aux danseurs. La beauté de la chair est absorbée par les murs crasseux. Le beau n’est pas fait pour survivre en ces lieux. C’est l’endroit où tout ce qui vit est voué au meurtre.
Les danseurs se donnent à fond, interprètent la confrontation, la peur, la soumission, le tremblement, l’amour, la fusion… La performance est intense, ils absorbent, transcendent, transforment et redistribuent. C’est une bataille qui fait perdurer la liberté et la vie dans ce système bâillonné où l’architecture est pensée pour tuer...


Défrichage aux abattoirs de Nice - Workshop de Décembre 2014 - Les Urbains de Minuit invités par la Cie Antipodes. - Texte initialement publié ici http://www.lesurbainsdeminuit.fr/coups-de-coeur-et-autres-coups?ac_id=5035

vendredi 5 décembre 2014

Ceci n'est pas une pipe.

Ce que dada nous inspire relève de la plus pure bêtise intelligente. L'art de détourner avec légèreté, le concept le plus sérieux, faisant fi des convenances et balayant avec dédain des fondements moraux à la base de toute servitude volontaire. 
Ce que dada dit est que tout doit être appréhendé avec importance moindre, car absolument tout est importance, mais qu'importe, puisque tout est vain. Dada se moque, dada délie, dada n'est pas un délit, dada est insolent, dada sent bon la rébellion, dada peut s'accompagner de tout et s'en accommode même si tout n'est pas commode. Dada se range aisément dans votre commode et peut sortir à tout moment du placard. D'ailleurs, dada gagne à être placardé sur toutes les portes – à la méthode du terrorisme poétique par Hakim Bey – il n'y a rien de plus simple. Chaque instant peut nous inspirer le dada.

Ma chronique du Mois Humour No-Art dans L'Artocrate web Fanzine.