mercredi 16 novembre 2016

Des sciences humaines à l'art - NLF exhibition

Cette dernière année j'ai pris un temps de réflexion, une année pour m'interroger sur l'évolution de ma pratique, me questionner sur l'art, j'ai laissé certaines réalisations en suspend pour revenir aux sources. Parfois lors du voyage nous oublions d'admirer le paysage, au cours d'une conversation nous oublions pourquoi et comment nous sommes arrivé à tel endroit, il nous faut alors rembobiner la K7, retourner sur nos pas, comme si le processus de cheminement était aussi important que la destination finale. Pour illustrer ce processus,  j'ai choisi d'exposer une large collection de pièces qui forment une sorte de rétrospective de mon travail sur les cinq dernières années. Aujourd'hui je m'interroge encore sur le sens de ma pratique et sur l'intellectualité qu'elle propose.

En art le processus de création et parfois tout aussi important même plus, que l’œuvre achevée. Il permet d'en observer les fondements, connaitre les interrogations qui ont poussé à sa conception, la méthodologie employée, le mécanisme, une forme de cuisine qui appartient à un développement bien particulier, celui de la recherche.

Petit à petit, ce processus m'a curieusement ramené à un espace de réflexion longtemps côtoyé, la BU de Carlone. Diplômée en Master 1 d'histoire à l'Université de Lettres, Arts et Sciences Humaines de Nice Sophia Antipolis, la bibliothèque Henri Bosco était mon refuge lorsque mes voisins faisaient un peu trop la fête, que mon espace de vie offrait un peu trop de distraction et que j'avais un peu trop envie de faire la fête avec mes voisins... Il y a cinq ans j'avais pris la décision de quitter l'université pour me donner les moyens de concrétiser ma pratique artistique qui n'était encore qu'à l'état de rêve. Et aujourd'hui je reviens sur les murs de cet endroit qui a été le témoin de mon premier encrage dans le monde réel et surtout, de mon apprentissage de la recherche.

La recherche, qu'elle soit employée dans un cursus universitaire, au sein d'un laboratoire, ou en art, est un process applicable à tous les niveaux, physiques, métaphysiques, spirituels, matériels... La recherche c'est connaitre tous les points qui nous amènent à comprendre le monde. C'est aussi explorer des paysages qui ne nous attirent pas vraiment pour pouvoir défricher les zones qui nous séduisent. C'est essayer de n’omettre aucun détail, d'observer avec attention toutes les particularités, la moindre information qui fait de l'univers un tout unique où tout est lié par la sémantique, de petit sentiers étroits et fragiles, ils nous relient les uns aux autres et souvent, nous demandent un peu de débroussaillage. 

Alors j'ai autant que faire se peut débroussaillé mon paysage et j'y ai vu quatre femmes parmi tous les êtres magnifiques qui le peuplent. Quatre femmes doit la voix résonne encore dans les tréfonds de mon âme.
Ma mère, Josette Combes, bibliothécaire bénévole et soignante, qui me disait très souvent : "Donnes toi les moyens d'y arriver."
Ma directrice de mémoire, Rosa Maria Dessi Lauwers, maitre de conférence ici, à l'université de Nice, qui lors de ses cours d'iconographie médiévale insistait : "Il faut parfois passer tous les détails au peigne fin sinon on se rend compte trop tard qu'on a oublié quelque chose."
Ma marraine artistique, Sonia Grdovic, artiste plasticienne, a une maxime : "L'élégance c'est de ne pas être oublié."
Mon amie et celle qui m'a éveillé à l'art contemporain, Isabelle Sordage, artiste plasticienne et chercheuse dans la plasticité sonore, me le répète encore : "Le chemin de randonné est peut-être le plus difficile à emprunter mais il mène à un paysage bien plus beau à regarder que celui des autoroutes."
Quatre phrases qui font parties de mon processus de création et aussi, de ma ligne de conduite développée par l'idée que la science et l'art sont deux pratiques qui utilisent la même méthode, la recherche. 

vendredi 4 novembre 2016

NLF exhibition // bibliothèque Henri Bosco

Dans le cadre des rencontres graphiques du Nice Fictions,  
Nyden Lafée Laetitia Combe expose du 15 Novembre au 16 Décembre 2016 
à la bibliothèque universitaire Lettres, Arts et Sciences humaines Henri Bosco, 
sur le campus Carlone.

Vernissage mardi 15 Novembre à 18h.

Réservations conseillées par téléphone au 04.93.37.55.55.
 
Un grand merci à Olivier Sanfilippo organisateur du pôle exposition du Nice Fictions 
et illustrateur de talent.


jeudi 29 septembre 2016

Ceci n'est pas un cintre

#CeciNestPasUnCintre, c'est le symbole des avortements illégaux. Voici le slogan de la campagne du planning familial pour le droit à l'avortement, dans le cadre de la journée internationale pour le droit à l'avortement le 28 Septembre 2016. Alors que ce droit est (encore) remis en question en Europe, l'OMS rappelle que l'on estime à 22 millions le nombre des avortements à risques pratiqués dans le monde chaque année, pour la plupart dans les pays en développement. Les lois restrictives qui contraignent les femmes et les jeunes filles à recourir à des avortements à risque entraînent 47 000 décès, et plus de 5 millions de cas de complications.

https://www.facebook.com/Ceci-nest-pas-un-cintre-515121235279420/

Un débat qui n'a pas fini d'animer les réseaux sociaux quand on prend conscience des moyens de communication et de propagande mise en place par les sites anti-IVG tel que afterbaiz.com (à vomir). Des débats auquel je prends part, dans mon quotidien, lors de discussions entre amis, dans la vrai vie ou sur internet, et où je me retrouve constamment confrontée aux mêmes discours culpabilisants car, si j'en crois ces arguments, tout est de ma faute parce que la femme, c'est moi.

Dans un débat sur l'IVG suite à un viol, c'est de ma faute, moi la femme qui portait une jupe et qui l'a bien cherché. Lorsque je rappelles que 74 % des viols sont commis par une personne connue de la victime, possiblement donc dans son cercle intime, c'est de ma faute, moi la femme qui a de mauvaises fréquentations. Dans un débat sur la grossesse non-désirée on me dit que c'est de ma faute, moi la femme qui ne prend pas de contraception. Lorsque je dis que toutes les contraceptions sont des chimies qui ne s'adaptent pas à tous les métabolismes on me dis que c'est de ma faute, moi la femme de mauvaise volonté...

En réalité ce cintre n'est pas un cintre, ce n'est pas non plus uniquement le symbole des avortements illégaux, c'est l'emblème d'une société malade où les femmes n'ont toujours pas le droit de disposer de leurs corps comme elles le veulent. C'est le symbole de la culture du viol. 

La culture du viol ce n'est pas considérer que le viol n'est pas un crime. La culture du viol c'est la banalisation de ce problème de société par un sexisme trop dilué dans les mentalités, où les femmes sont considérées par les hommes comme des salopes potentielles et où les hommes sont considérés par les femmes comme des violeurs potentiels. Car tous les violeurs ne sont pas des inconnus sanguinaires cachés dans l'obscurité d'une ruelle. 90 % des violeurs ne présentent aucune pathologie mentale et 74 % des viols sont commis par une personne connue de la victime. Il n'existe pas de profil monochrome de l'agresseur sexuel.  Nous ne pouvons pas savoir à l'avance que l'homme avec qui nous partageons un café sera notre violeur, que l'homme en costume cravate à côté de nous dans les transports en commun nous touchera la cuisse, que l'homme qui partage notre vie aura décidé de nous "prendre" par la force par ce qu'il pense que c'est son dû.


En tant que féministe je me bas pour l'égalité et l'équité, ce qui veut dire que si je me bas contre la misogynie je me bas aussi contre la misandrie à tous les niveaux. Je n'accuse pas tous les hommes d'être des violeurs potentiels, je n'accusent pas tous les hommes d'être des crocodiles. Je demande à ce que tous les hommes prennent conscience de ce fait de société et agissent. Et agir passe par la remise en question de sa propre condition et de son environnement. 
J'aimerais vivre dans un monde où les hommes ne seraient pas considérés comme des violeurs potentiels parce que les femmes ne seraient plus considérées comme des salopes potentielles. 

"Si les femmes ne se comportaient pas comme des salopes, elle ne se feraient pas violer et c'est donc qu'elles l'ont bien cherché! Et si le fruit de cet acte est une grossesse, elles n'ont qu'à l'assumer, car un enfant n'est pas responsable des actes de ses parents." Voilà les propos avancés par les groupes anti-IVG, ces mêmes groupes qui peuplent le mouvement manif pour tous, les groupes d'extrême droite & le FN. 
Chez ces groupes j'ai même entendu l'expression "avortement de confort". Puisque la majorité des IVG ne sont pas dû à la suite d'un viol, mais bien d'une relation sexuelle entre adultes consentants. Alors je voudrais prôner le droit à l’erreur. Pas à l'irresponsabilité, ni à l'ignorance, mais le droit à l'utilisation du préservatif qui comporte 3 %  risque de craquer,  suite au droit de refuser la prescription d'une contraception aux effets indésirables, le droit à l'accident de parcours, le droit de choisir notre existence, le droit de refuser, le droit de disposer de notre corps, le droit de ne pas devenir mère trop jeune... Et lorsque l'on me parlera d'avortement de confort, je répondrai qu'il n'existe pas d'avortement confortable, que c'est une décision qui restera toujours difficile à prendre, que c'est un acte chirurgical qui n'est pas anodin et qu'aucune femme ne le substitue quotidiennement à la contraception.

Et contrairement aux idées ressues et véhiculées par les sites anti-IVG, l'avortement, s'il est pratiqué à l’hôpital, en chirurgie, ne comporte plus de risque de stérilité aujourd'hui, sauf bien sur, s'il est réalisé à l'aide d'un cintre ou d'une aiguille à tricoter.

« Dans un contexte international alarmant où l’on voit ressurgir des groupes anti-choix animés par des intentions malveillantes visant à remettre en cause des droits fondamentaux obtenus par la lutte pour l’émancipation des femmes, il est important de rappeler un chiffre qui fait froid dans le dos : 47 000. C’est le nombre de femmes qui meurent chaque année des suites d’avortements clandestins.[…] Bien qu’inscrit dans la loi, l’avortement n’est toujours pas « légitime » et on demande encore aux femmes de se justifier. […] Nous voulons en finir avec les IVG cachées, la culpabilisation des femmes, la maltraitance de la part de certain•es professionnel•les, le discours dominant dévalorisant pour les femmes. Nous voulons redonner aux femmes la possibilité d’être fières de faire des choix autonomes, et le droit d’avorter doit être reconnu en France et ailleurs comme un droit respectueux des femmes et de leur dignité. »

vendredi 23 septembre 2016

Situation d'écoute ordinaire

Dessiner une mélodie dans sa tasse à café, percevoir une symphonie dans les langueurs de l'horizon, les sons du village qui montent dans la montagne, le vrombissement des moteurs, ici et la mineur teinté du bip incessant du camion qui recule. C'est un chant sur des lits superposés, celui des oiseaux, celui des vents, celui de la douce compagnie. Le temps s'est rafraichit, le langage élaboré des merles a fait place à la bataille des mésanges charbonnières. Bientôt, les chamailleries prendront la forme d'un balais gracieux, d'allées en venues à tir d'ailes entre les branches des vieux chênes. 
Mettre ses chaussures et marcher en tempo, déambuler d'un concert à un autre, chaque chose joue son solo dans l’immensité d'une disharmonie qui s'accorde à remblayer les espaces silencieux. Se laisser glisser sur la surface des sons, d'une matière à une autre. Découvrir que les champs morphologiques sont pilotés par des chants harmoniques qui modifient la métaphysique des choses. Se laisser glisser sur la surface de l'eau et stopper sa course au sursaut du clocher. Un rire ici, une voiture passe, la brise caresse les feuilles des tilleuls, un chat miaule à un esprit qui passe, mon esprit trépasse dans les songes annoncés par l'automne. 

NLF - Situation d'écoute ordinaire

Écoutez les clochettes tintinnabuler - NLF © 2012 - Streetart pochoir - Nice



vendredi 16 septembre 2016

Cosmogonia

Elle contemplait cette prestidigitation exquise, une constance pour expliquer l'apparition de l'univers à partir du néant, la construction de la matière dans le chaos et  l'obscurité pour accueillir la lumière et la vie, en se disant que chaque homme et chaque femme était a lui seul une cosmogonie. Dans son errance elle feuilletait les paysages ainsi formés, dans l'attente d'une réaction chimique et dans l'observation d'un comportement engendrait du bas par sa mère & son père et du haut par la source de toute chose. Chaque chose avait sa place et peu de chose avait de sens, mais elle y mettait la consistance qu'elle désirait y voir.
NLF

Cosmogonia - Nydenlafée Laetitia Combe - 2012 - acrylique sur toile.
"La cosmogonie est un genre littéraire d'une remarquable persistance et d'une étonnante variété, l'un des genres les plus antiques qui soient. On dirait que le monde est à peine plus âgé que l'art de faire le monde." Valéry, Variété I,1924, p. 136.

mardi 30 août 2016

Femmes Fantastiques de #clanssortlegrandjeu et pérégrination filmée

Elle est toujours là, au dessus du retable de Jean-Rocca, l'entité spirituelle magnifique qui couronne cette vierge à la miséricorde. Elle m'accueille chaque matin, illuminant la chapelle des pénitents chamarrée de peintures murales. Caractère abstrait dans un monde figuratif ornemental, elle dissuade le spectre facétieux et craintif, caché derrière l'autel, de perturber les vivants. Elle oint Marie de son essence, transmet la perfection de sa représentation, la femme idéale, pure, héritière des déesses matrilinéaires mères des mondes, femmes fantastiques. 
Nous avons exploré les femmes fantastiques, Emmanuelle Cresp, Olivier Sanfilippo, Patrick Poggioli, Olivier Nottelet et moi, dans nos regards, à travers les mondes que nous traversons, chacun dans son univers et dans la maitrise de sa pratique artistique. Un sujet trop sérieux pour être capturé dans la rigidité. Alors on a ri. On a fait les cons, enivrés, heureux de s'être trouvé.
 NLF à la 4ème édition de Clans sort le grand jeu.





lundi 8 août 2016

Les Gigognerie rendent des contes à la nuit


"Je laisse des cadeaux à ceux qui n'en veulent pas.
Pour donner à voir une autre réalité, un autre regard, au détour d'une rue, quelque chose qui change, quelque chose qui chante.
S’interroger.
Donner un présent aux résidents du passée. Et surtout, ne pas décorer.
Partir, dans un autre coin de l'univers et écouter la terre tintinnabuler." NLF

Très court métrage, intentions artistiques, petits bateaux et Gigogneries, sur la question de l'aspect décoratif de mon travail, je m'interroge. C'est pourquoi cette 16ème Nuit du Conte est la dernière où je décore les rues de Clans avec mes intentions artistiques. Les choses changent et il faut les laisser évoluer dans le sens qu'elles doivent prendre. Juste un regard, une contemplation, une réalité montrée autrement...


16ème Nuit du Conte - Clans 2016 - association Le Zampi

vendredi 15 juillet 2016

Aux anges de la baie - Hommage à Nice

À chacun sa forme de prière les miennes s'envolent avec les crayons. Nice ma ville, l'aigle doit être bien occupé aujourd'hui à accompagner les anges de la baie, là où ils vont aller. Nice ma belle, la vive, la festive, la multiculturelle, l'animal de pouvoir qui trône sur tes montagnes je le vois d'en dessous, puissant, il ne ploiera pas.

Hommage à Nice et aux victimes de l'attentat du 14 Juillet - NLF 2016

jeudi 14 juillet 2016

Les Gigogneries vont rendre des contes dans la nuit

Samedi 6 Août 2016 c'est la 16ème Nuit du Conte à Clans. Depuis 2012, je m'invite dans les vieilles pierres, sur les murs les contes s'agitent dans un dialogue entre le streetart et les histoires. Les éphémérrances guident les pas des oreilles passionnées. Ciseaux, papiers, murmures, j'illustre à la colle. Plus rien ne m'appartient, les contes s'échappent et s'envolent. Les dessins sont volés quelques heures après la scène, dans quelle chambre d'enfant vont-ils s'installer ? Qui aura emporté un cailloux de Petit-Poucet en souvenir de la nuit passée ? Un lapin se serait-il échappé dans le terrier de la voisine d'à côté ? Cette année les Gigogneries seront les prochaines kidnappées. Avant cela venez les voire et écouter les histoires de Rachid, Cécile, Pierre, Philippe, Sonia et Fiona.

lundi 20 juin 2016

Dissipation traditionnelle


De l’excision on me dit qu'aujourd'hui cela n'est plus pratiqué. 
On me dit que c'est un acte barbare et archaïque qu'on ne voit plus qu'en Afrique ou au Moyen Orient dans des tribus traditionnelles qui ne sont pas occidentalisées. 
On me dit qu'en Europe il n'y a pas besoin d'en parler, même à travers le féminisme et que dans nos combats, nous femmes françaises, nous devons parler de ce que l'on connait et non de coutumes lointaines que l'on ne maîtrise pas, cela ne nous concerne pas, laissons ce combat à celles que cela regarde. Après tout une femme blanche et européenne ne peut pas parler de la culture d'un autre pays, c'est déplacé, c'est impoli, chacun doit rester à sa place et les moutons seront bien gardés. 
 “Chaque minute, six fillettes sont excisées dans le monde. Cette mutilation sexuelle, qui touche 200 millions de femmes, dont 6 000 en France, a des conséquences dramatiques pour la santé physique et mentale des victimes. Quelles croyances perpétuent cette tradition qu’aucun texte sacré n’exige ? Comment convaincre les parents qui rentrent souvent en Afrique l’été pour faire opérer leur fille, de s’abstenir ? (…)“ Magazine Le Monde.
Du vagin que tu ne pouvais pas nommer, de sa chaire, de son esthétique et de sa fascinante complexité, qu'en faisais-tu Ambroise de Paré ? Figure du patrimoine historique de la France bien pensante et bien dorée, paré des titres du pouvoir combien en as-tu mutilé ?
“Sa complexion est moyenne entre chaud et humide, froid et sec. Son visage est tel que celui du prépuce de l'homme, c'est à savoir de garder avec les nymphes, que l'air ambiant n'entre en la matrice, de peur qu'elle ne fut réfrigérée. On notera que les labies de ladite partie sont appelées en grec Pterygomata, en notre langues Ailes, et la région ornée de poil. D'avantage faut entendre, que de la partie supérieure descendent deux petits apophyses, & excroissances de cuir musculeux, qu'on appelle nymphes, lesquelles descendent une de chaque côté de l'os pubis en bas jusqu'à l'orifice du col de la vessie, lequel elles reçoivent au milieu de soi, et s'érigent mêmement à aucunes femmes, comme nous lisons, en telle grosseur et grandeur, qu'elles se lèvent pour tenir au coït la partie de l'homme : & pour cela ai ordonné de les leur couper en jeunesse avec grande discrétion, de peur que si on les coupe trop avant, il s'ensuive telle hémorrhagie qu'elle apporte danger de mort ou stérilitié à la matrice par la réfrigération en icelle, à raison de telle amputation. Les récents anatomistes, comme Columbus & Fallopius, outre les parties susdites, ont fait mention d'une autre particule qui est tout au haut des parties honteuses, mêmes sus le conduit de l'urine & conjoint les ailes desquelles nous auront parlé. Columbus l'appelle Tentiginem, Fallopius lui accomode le nom grec Cleitoris, duquel est dérivé le verbe infâme Cleitorizem*. Et pour ce que ladite partie est fort obscène, je renvoie le lecteur à Columbus & Fallopius”.
Ambroise Paré (v. 1510 - 1590) chirurgien des rois de France - extrait de son second livre traitant de l'anatomie de tout le corps humain.

samedi 4 juin 2016

La fonction du mur dans le laboratoire du quotidien de l'AE

La fonction du mur

Du 2 au 9 Juillet 2016 vont se dérouler à Clans une semaine de workshop connue sous le nom des Good Vibrations. Intitulée 4nm cette semaine accueille plasticiens, artistes, musiciens, performeurs, architectes et scientifique autour du projet des œuvres d'art embarquées dan l'architecture. Au sein de ce projet qui consiste à créer une œuvre au moment même de l'élaboration des plan d'une maison, en l’occurrence l’annexe de la Villa les Vallières de l'Atelier Expérimental de Clans, je présente "La fonction du mur". 

Les Good Vibrations sont une semaine d'art contemporain, organisés par l’Atelier Expérimental de Clans, expositions, performances, concerts, conférences, avec des artistes, des musiciens, des scientifiques et des architectes qui travaillent dans une démarche pluridisciplinaire, au sein des infrastructures publiques données, dans tout le village et à la Villa les Vallières résidence artistique depuis 1996.






















Nous fêtons donc les 20 ans de l'Atelier Expérimental, en compagnie de la galerie In Situ, Ingitech, La Strada et le Conseil Général du département des Alpes Maritimes.

Le Dimanche 3 Juillet 2016 à partir à 11h, nous vous convions à un apéritif d'honneur à la Villa les Vallières à Clans, pour vernir l'exposition 4nm.
4nm : valeur infime de vibration ou d’espace, lieu de reconnaissance dans l’écoute de ceux qui s’aventureront à cette radicalité. Cette exposition initiée par l’Atelier Expérimental à la Villa les Vallières, propose un temps de coexistence avec les œuvres de LARS FREDRIKSON, pionnier d’une pratique du son dans sa seule dimension plastique. Une œuvre à partager in-vivo, une rencontre sans commentaire. 
La dimension historique de cette œuvre sera soulignée par la présence des artistes qui l’ont côtoyé ainsi que de leurs pièces : ELEONORE BAK, LUDOVIC LIGNON, LUC KERLEO, ISABELLE SORDAGE.
Une histoire pratiquée à plusieurs dans le dialogue, le partage et la recherche.
Seront également présentées les œuvres permanentes de JULIANA BORINSKI, PIERRE-LAURENT CASSIERE, FABRICE GALLIS, PASCALE TIRABOSCHI ainsi qu’une intervention de NEAL BEGGS dans la montagne et des enregistrements inédits de CLAUDE PARENT.
Remerciements à Gaël et Madeleine Fredrikson ainsi qu’à la galerie In Situ – Fabienne Leclerc pour le prêt des œuvres. Avec le soutien du Conseil Départemental, de la Mairie de Clans, d’Ingitech.
L'exposition sera ouverte au public tous les jours du 2 au 9 Juillet de 11h à 18h.

Tous les jours : (salle des fêtes - village -gîte)
[Laboratoire des Hypothèses - juillet 2016] - Ed&F
Fabrice Gallis et Eddy Godeberge, plasticiens
OEAEA Laboratoire de recherche : les œuvres d’art embarquées dans l’architecture
Julien Eveille - architecte
Pascale Tiraboschi – designer « DM »
Ludovic Lignon – plasticien
Laetitia Combe – plasticienne « la fonction du mur »
Luc Kerléo – plasticien « portes vibrantes » (visite en gîte)

Tous les jours 14h à 16h : ( sous la médiathèque)
Isabelle Sordage - « à 4 nm de la médiathèque »

Tous les soirs :
17h« Utilitas modules dansés »
Emmanuelle Pépin revisite les usages. Tous les soirs un moment dansé chez l’habitant. (un parcours sera affiché).Tous les soirs 20h30 : ( salle des expressions culturelles)
Performances filmiques et musicales 7/7
Avec :
  Étudiantsde L'EESI (école européenne supérieure de l'image Angoulême/Poitiers) : Amélie Comte - Nathan Serrano - Marlène Ciampossin
You Said Strange : Martin Carriere - Eliot Carriere - Matthieu Vaugelade - Paul Dufresne - Hector Riggi
Etudiants du CNRR : Tatina CiampossinAnatole RenaudVictor BasierLoise Campagna etc.
José Panchierri - Musicien
Samedi 2 juillet 17h: (salle des expressions culturelles)
Table ronde avec Rébecca François attachée de conservation au MAMAC, commissaire d’exposition et critique d’art.
Suivi d’un apéritif d’inauguration des 20 ans de l’Atelier Expérimental. (place du village)

Dimanche 3 juillet : (place principale du village)   
La Galerie ambulante | Association Ar’tcessible | Stéphane Guglielmet | Aurélien Cornut-Gentille.
Cette galerie a lieu en préambule de la future de l’exposition RUN RUN RUN organisée à l’occasion des 20 ans de La Station, prévue du 2 octobre au 30 décembre 2016 à la Villa Arson avec la proposition d’Aurélien Cornut-Gentille, artiste résident de La Station à Nice,
Vernissage de l’exposition 4nm ( villa les Vallières et sous la médiathèque) de 11h à 18h avec les œuvres sonores de Lars Fredriksso

Lundi 4 juillet 18h : ( salle des expressions culturelles)
« Où s’arrête la frontière entre la subjectivité de l’art et l’objectivité du marché ? »
Étudiants en sociologie et économie : Elodie DebeeElina BourgeoisEsther Peyronel

Mardi 5 juillet 18h : (salle des expressions culturelles)
« courbe transcendante et arche»
Pierre Coullet, physicien

Jeudi 7 juillet : ( salle des expressions culturelles)
« Dissonances – dissidences »
Pascal Giovannetti, lecture

Vendredi 8 juillet ( salle des expressions culturelles)
Master Class avec Renaud Ledantec

LE PROGRAMME SUR LE BLOG DES CLANSOIS.

 Les Good Vibrations 2016

Table ronde des OEAEA 2015

lundi 25 avril 2016

Pourquoi le vagin - In&out 2016

Au crépuscule des idoles les foules entonnent les louanges de leurs héritages, toutes les idoles ont aussi une aube. Cette aube qui nous est commune à tous et que l'industrie de la pornographie voudrait lissée, millimétrée, médico-légale. À l'image d'une plastique supposée parfaite selon les seules critères de quelques pathologiques. Cette aube porte des milliards de visages, fripés, mous, poilus, flasques, odorants et humides, des milliards de fleurs d'une moitié de l'humanité voulu conformes par l'autre moitié. 

Alors je peins la non-conformité, l'origine du monde, sur les corps mous, les corps solides, les corps poilus, les corps odorants, la peau qui raconte. Je peins la rencontre, au hasard du pinceau, laisse les traits se dessiner, sans arrière pensée, cheminement instinctif sur une route où l'on ne connait pas la destination. Je peins la chaire sur la chaire, je peins comme je parle, je peins comme je chante et je chante la chaire, toutes les chaires, grasses, visqueuses, créatrices, temples du plaisir. Un plaisir que l'on voudraient punir, violer, découper, charcuter, amputer, qu'Ambroise Paré lui-même, chirurgien et anatomiste des rois de France au XVIème siècle, voulait exciser. 

NLF

Performance live boby-painting au C'Factory à Nice - NLF © 2016 - 8èmes rencontres Cinématographiques In&Out, festival du film LGBT.
Toutes les photos sont sur cet album. Merci aux Ouvreurs de m'avoir invités aux festival du film gay et lesbien In&Out 2016 et merci au toiles vivantes, aux corps dénudés, aux amis et à l'amie qui ont prêté leurs peaux à mes doigts de fée.

Sur les rivages de l'imaginaire au Nice Fictions 2016

On dit que l'énergie condensée d'un grand nombre de personnes, partageant la même passion, au même endroit au même moment, créait un espace dimensionnel qui accueil toute cette énergie. Appelé égrégore,  on pourrait y puiser force et pouvoir pour effectuer l'acte magique. Chaque égrégore a sa particularité et plus l'égrégore est grand, plus il est autonome, sa propre conscience se développe et devient une entité psychique influencée par les désirs des individus qui l'ont créé. D'une certaine façon, Dieu serait un égrégore ... 
Et si les conventions geek pouvaient avoir leur propre égrégore ? Le Nice Fictions, qui du 22 au 24 Avril a accueilli un très grand nombre de passionnés de littérature, de jeux, d'illustrations et d'amoureux d'univers de l'imaginaire, pourrait-il avoir créé un égrégore ? Et puis, si l'on va dans le sens de cette réflexion, si un nombre suffisant de personnes croit en Cthulhu, cette  créature de fiction imaginée par Lovecraft, Cthulhu pourrait bien exister ...

Pour ma part, le Nice Fictions a fait grimper le baromètre égotique à un tel niveau que si j'en concentrais toute l'énergie dans un même endroit, je pourrais en puiser hardiesse jusqu'à la troisième édition. 
Pour ce qui m'a été donné durant cette exposition sur les rivages de l'imaginaire, à ce festival, où j'ai été invité à exposer mon travail, mes Gigogneries, mes Animaux de Pouvoir Chamanique, mes illustrations de L'Apprenti Sorcier ... Pour ce qui m'a été donné je le transforme, le transcende et le rend en amitié, en reconnaissance infini envers toutes celles et ceux qui ont partagé ce moment avec moi.



vendredi 8 avril 2016

Face à face


Alors qu'elle arpentait les allégories du monde, il se déformait et les multitudes de créatures envahissaient l'espace. Elle pouvait alors gambader joyeusement, jouant à saute-moutons d’égrégores en déités, enivrée par les infinies possibilités qui se présentaient. D'un monde à l'autre, baigné dans la lumière, de plus en plus proche de la clarté, les ombres grandissaient et suivaient la marche.

Au seuil du savoir, persuadée de sa pureté, elle voulait se séparer des démons qui la suivaient. S'alléger. Elle devait trancher, devenir la guerrière et prendre les décisions qui s'imposaient. Au détour du chemin elle croisa le regard du monstre auquel elle était si attachée, s'empara de ses armes et s’apprêta à tailler dans la chaire - Faisant fit des instances du mouroir - À l'instant même de l’exécution, alors que les tambours roulaient, les cors chantaient et son corps s'enflammait, il lui apparue l'évidence de former un tout avec l'univers. Si elle s'en coupait, qui serait le monstre, la créature ou le bourreau ?

Elle comprit alors le pouvoir de la guerrière, posséder les armes n'est nul nécessité absolue d'en user. Elle se laissa guider par les ombres pour savoir jusqu'où elles l’emmèneraient. Elle plongea peu à peu dans le miroir, s'enfonça dans les eaux profondes et admira l'obscurité. Elle apprenait. Réconciliée. La quête n'était plus dans les lointaines luminescences ni dans les sombres recoins hermétiques. Attentive, réceptive, entre lumière et obscurité, traversée par le chant des astres elle flottait dans l’opacité. Déplacement figé. Le temps sans consistante, l’existence sans cesse rejoué. Et le choix.

NLF

jeudi 17 mars 2016

Exposition au Nice Fictions

Cette année Olivier Sanphilippo m'invite au Nice Fictions pour y exposer mes croutes, quelques Gigogneries, des Animaux de Pouvoirs d'ici et là et l'occasion aussi de vous présenter les toutes nouvelles illustrations d'un jeu de rôle en cours de création, L'Apprenti Sorcier de Nicolas Oudin et Pierre Petitifrère.

Le Nice Fictions est un festival consacré aux genres de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique…) et aux créations courtes (nouvelles, courts-métrages…). Cette deuxième édition se tiendra du 22 au 24 Avril 2016 sur le Campus de Saint Jean d'Angely, l'entrée est gratuite et on vous y attend nombreuses & nombreux!


dimanche 13 mars 2016

Mon corps comme champs de bataille

Vaginal-theory © NLF - "Il chante , il fait des bulles, il danse immobile!" Narki Nal

Les diables aiment les fées et les fées aiment le corps-nu. Je suis invitée le 25 Mars aux Diables Bleus, 29 route de Turin à Nice, à construire le printemps des femmes, pour une soirée Ton Corps Comme Un Champs de Bataille.

"Qu'on se le dise, si je me bas contre le sexisme, l'ordre patriarcal et la misogynie, je me bas aussi contre la misandrie.
Le féminisme ne remet pas en cause l'homme, mais bien la réalité du modèle social où les différences sexuelles biologiques deviennent matières à alimenter les inégalités et à séparer les êtres humains entre dominants et dominées. Inégalités législatives, sociales et culturelles qui n'ont aucune légitimité lorsque l'on parle de biologie et de physiologie.
Aucun combat féministe ne va à l'encontre des hommes ni ne porte atteinte à la masculinité. Le propos n'est pas de castrer mais bien d'élever tous les sexes au même niveau.
A partir de là, lorsque ce sera fait, il sera peut être temps de prendre conscience qu'en terme de biologie, il n'existe pas seulement que deux sexes..."

On pourrait bien se demander à qui appartient le corps des femmes aujourd'hui.
"... Le corps féminin est devenu le champ de bataille de la guerre contre les femmes...Transformer la relation à notre corps." Carla Rice
"... la question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel, la clé d'une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans..." Mona Chollet

 POUR UN PRINTEMPS DES FEMMES !
Textes et interventions POUR SE DEMANDER À QUI APPARTIENT LE CORPS DES FEMMES?
...Le corps féminin est devenu le champ de bataille de la guerre contre les femmes...Transformer la relation à notre corps. Carla Rice
.. la question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel,
la clé d'une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans... Beauté Fatale. Mona Chollet

Dessins-expo d’AMANDINE BRÛLÉE, Live Painting par NYDEN LAFÉE
Lecture mise en espace
Avec la complicité musicale de MARION WILD ROSES
Le regard de Florence Boréale
Montage de textes de Virginie Despentes, Ève Ensler, Mona Chollet, Atenea Acevedo, témoignages in Mon corps est un champ de bataille et diverses poésies de combat
Par
Sophie Perrone
Nyden Lafée Laetitia Combe
Christine Portelli
Cécile Loubet
Narki Nal

Visuel Amandine Brûlée

mardi 8 mars 2016

Migrante

"A l'approche de l'été, "j'hirondellise" mes perspectives, je vole vers des chants de matins plus verts, boisés, nimbés de mousses aux écorces écorchées. Je migre ... 
Je migre pour quitter un urbanisme dénué d'urbanité, je migre pour des jours meilleurs dans de vieilles pierres, là où j'ai grandi, en arrière pays. 

Je migre par chance et par bonheurs, je suis née dans la paix à la bonne heure. Je n'ai pas à fuir la guerre, quitter ma maison, partir pour des sols moins hostiles, rencontrer l'inhospitalité du monde.

Je migre dans le confort d'un siège chaud sur un moteur ronronnant qui crache des gaz à effet de serre par un pot d'échappement. Dans ma valise à roulette je traine mes plus belles robes, mes sous-vêtements de soie et de coton, mes carnets à dessin, des stylos, du fusain, un ou deux bons bouquins et une liste de rêves à réaliser en quelques semaines d'été. 

Je n'ai pas à me soucier des frontières à franchir, des fils barbelés, des bombes, des armes et des balles à tirs d'ailes, de ma terre natale abandonnée portant les stigmates de la haine. Je n'ai pas à me soucier des ruines causées par les bombardiers, les seules que je connaisse sont celles laisser par l'histoire et les jours révolus d'un temps où mon arrière grand-mère lavait ses linges dans l'eau glacée. 


 Je migre par désir et non par nécessité. Où que j'aille je ne serrais pas rejeté, la couleur de ma peau, mon origine et mon rapport au sacré ne seront pas associés à la criminalité. Je pourrai même décider que ma prochaine destination deviendra ma nouvelle maison faite de murs et de chaleur. Elle ne sera pas montée de toiles humides pourrissantes sur les galets d'une plage de méditerranée ou construite avec des containers dans des bidons-villes autoritaires. Je n'aurai pas à y survivre, entassée, agglutinée dans la puanteur et la misère, commettant l'horreur et le déshonneur pour nourrir mes pères. Je n'aurai ni à me préoccuper de la domination ni d'aucune pression sociale cherchant à me caser dans le moule du bon-nègre.

Lorsque je m'installerai dans mes nouveaux quartiers, mes voisins seront charmants, ils ne seront pas terrorisés ni harangués par des fascistes fâchés avec l'humanisme et les lumières. Je ne serai pas rejetée ni accusée des maux de l'humanité. Mes préoccupations pourront être futiles. Je pourrai m'atteler à ne manger que des légumes issus de l'agriculture biologique, acheter du miel chez le petit producteur et choisir un bon vin pour accompagner les grillades des longues soirées. Je n'aurai pas à mendier ni à accepter des paquets de gâteaux à l'huile de palme en les recevant, remerciant, m'inclinant, comme si l'on m'avait donné le rein de leur reine bienaimée. 

A l'approche de l'été je suis une migrante dorée aux plaisirs simples qui pleure sur l'actualité, dégoutée par les ordonnances d'hommes costumés, censés refléter les désirs de leurs administrés, ces démagogues avides, offrants la légions d'honneur au plus grand dictateur élu meurtriers de l'année.

Dévoilée comme insoumise à la déchéance je ne tolère pas l'état d'urgence mais je proclame l'urgence d'un nouvel état, conteste les nouvelles mesures en matière de travail et d'équité. Je soutiens la nécessité de migrer vers un autre mode de pensée."

NLF

jeudi 11 février 2016

Gigognerie #4

"Elle se décidait enfin à le lui dire et la lumière perça les nuages. Son cœur battant, chamadant, chambardée, elle voulait courir loin, revenir au temps où elle ne destinait ces mots qu'à son père et à sa mère. C'était un mont de danger qu'elle venait de gravir, celui qui se trouvait là n'avait ni compris la portée de son regard, ni reçu le cœur chaud et humide qu'elle lui tendait. Il se contentait de le ramasser avec ce sourire qu'elle avait tant loué, d'une main, le mettant dans sa poche et continuant son affaire. Elle se laissait faire, tambourinée par le ventre alors que le vide prenait place à l'endroit où son cœur dormait, lent, calme et protégé. 

Lorsqu'elle n'en puis plus, elle pris la fuite en emportant son cœur asséché, maltraité par l'usure du tissu, recouvert par les miettes et les détritus de cette poche sale et étouffante. 
Dans la précipitation, se promettant de ne plus jamais l'offrir à qui que ce soit, elle replaça son petit cœur en son vide, tout fripé et blessé, avec le reste de miettes que ce monstre lui avait laissé. Des années plus tard, elle en rencontra d'autres. Son cœur, elle ne l'offrit plus. Emportant ceux qu'ils lui tendaient, elle en prenait soin et les rendait.

Un jour, sans crier gare, il descendit du train, l'inconnu. Alors qu'elle ne le vit pas venir, il lui donna son cœur et vola le sien. Sans qu'elle ne s'en aperçoive, il lava ses parois, guéris ses gerçures et réchauffa l’intérieur. 

Au savoir-faire de l’artisan, elle sentait lentement tambouriner, au fond d'elle, le cœur de l'homme. 
Logé de son ventre à sa bouche, blottis au creux de ses reins, aimé, il y est toujours."

NLF
 

Gigognerie - NLF © 2016

samedi 9 janvier 2016

Angoulême je ne boirai plus de ton eau.

Un matin, il y a quelques jours, un café, un dessin, j'ouvre un peu facebook, fais défiler ma time line, like quelques statuts promotionnels de copains artistes et quelques rares pamphlets pertinents perdus entre les citations des mignons, les vidéos de chats et les déclarations racistes. Parmi les fakes et les hoax, une polémique redondante attire mon attention, chez les nominés au 43ème festival d’Angoulême, il n'y a aucune femme.



En voilà une surprise qui n'est pas si étonnante. On connaissait la phallocratie du milieux de la bande dessinée et notamment du festival international de la BD d’Angoulême. Depuis 43 ans « Florence Cestac est la seule femme à avoir reçu cette distinction. Claire Brétecher, pilier du Neuvième Art, n’a elle-même jamais reçu le Grand Prix, repartant en 1983 avec le prix du 10ème anniversaire (prix n’ayant jamais empêché ses lauréats d’être éligibles pour les Grand Prix suivants). » (FIBD : Femmes Interdites de Bande Dessinée) http://bdegalite.org/fibd-femmes-interdites-de-bande-dessinee/

Parmi cette liste de nominés, 30 auteurs, zéro auteure. Alors je vérifie mes sources et cours sur le site officiel d’Angoulême où sont effectivement énumérés 30 hommes talentueux, dont certains ne réalisent plus, eux même, de bande dessinée depuis l'époque bénie où nos daronnes ont brûlées leurs soutifs.

La polémique fait rage sur internet, autrices et auteurs s'indignent de cet exemple que l'institution donne aux générations bédéistes futures. BD, milieux sexiste, phallocrate, minée de patriarches peureux de laisser leurs places à une bande de gonzesses, les bulles éclatent.
Riad Sattouf, nommé de la liste, ainsi que d'autres auteurs demandent à ne plus y figurer, le festival d’Angoulême répond alors dans un communiqué « Que l'on ne peut pas refaire l'histoire ».
En gros, cela revient à dire que les femmes, même si on les aime, sont totalement inexistante du métier et qu'on ne peut pas nominer ce qui n'existe pas. Que s'il y en a, elles peuvent beaucoup moins se consacrer à leur carrière car elles sont trop occuper à enfanter et cela se ressent sur leur talent. Et ce que l'institution de la bande dessinée doit avant tout reconnaître, c'est le talent !
Si vous pensez que j'exagère, je vous laisse jeter un œil sur le compte rendu de cette polémique dans le magazine Le Monde, où figure les choquantes déclarations du délégué général du festival :

« Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité. Si vous allez au Louvre, vous trouverez également assez peu d’artistes féminines. Le Grand prix regarde vers le passé pour récompenser des auteurs qui ont une œuvre dense. Jusqu'à présent les femmes étaient peu nombreuses. »

Peu nombreuse (ce qui est loin d'être la réalité) ne veut pas dire absente, monsieur Franck Bondoux. Nous pouvons aisément vous procurer le moteur de recherche google, qui vous donnera une liste d'auteures de bande dessinée exhaustive et classée par ordre chronologique. Vous seriez alors surpris de constater que ces femmes se sont distinguées par leur palmarès depuis de nombreuses années et que vous ne les avez jamais érigé au rang de votre égal et ça, c'est la terrible réalité que vous avez dévoilé au monde entier. La vérité est que cette liste de nommés est mise en place par trois vieux croutons qui n'ont aucune légitimité face à la communauté artistique et qui ne rend grâce ni au choix du public ni au choix des auteurs.

Voilà pourquoi le 7 Janvier, vous avez, après avoir essayé de corriger le tire en rajoutant six femmes à votre liste de nommés, décidé de supprimer cette liste et de laisser les auteur(e)s se nommer par eux même pour élire le gagnant ou la gagnante du grand prix. Un peu nébuleux comme histoire.

Est-il si paradoxale de constater que l'institution représentative du 9ème art manque cruellement d'imagination ? Dans l'histoire de l'image, nous nous rappellerons qu'en 2016, nous avions rêvé d'un monde égalitaire où la parité émergeait parmi les grands pontifes de la planche qui n'ont pas su démissionner de leurs postes alors que leurs incompétences crevaient les yeux.
Regarder vers le passé, oui, mais n'oublions pas de vivre dans notre temps pour construire notre futur.

NLF, artiste auteure.